Mardi 4 octobre 2005
Quand le bio sent mauvais... 
Amis fidèles des Naturalia, Biocoop et autres lieux extatiques du bio, bonjour!
Aujourd'hui, une petite rubrique consomacteur pour tous ceux qui pensent que l'on peut agir en achetant ou en refusant d'acheter. Je vous conseille d'ailleurs de lire à ce sujet  "Le pouvoir du consommateur", le très bon article de C. Jacquiau (ici).

Conte méchant pour consommateurs innocents

Si vous voulez jouer encore quelques temps au petit chaperon rouge dans votre Naturalia préféré et continuer à en arpenter joyeusement les allées, le panier au petit pot de beurre balancé à bout de bras, passez votre chemin, le loup est encore loin. Mais si devant l'air travesti de la Mère-Grand, vous vous interrogez "Oh mon Naturalia, pourquoi as-tu de si grandes dents?", venez donc écouter l'histoire du petit Soy.

Le petit Soy est né en 1982 sous le regard attendri de deux pères pleins de bonne volonté qui souhaitaient démocratiser les alternatives végétales de qualité à la viande et aux protéines animales.  Pour se rapprocher des lieux de fabrication du soja et prendre son essor, le petit Soy déménage et arrive à Revel en 1994.  Comme tous les adolescents, Soy veut se développer et finit par se faire acheter la même année par Nutrition et Santé, un groupe qui appartient à Sandoz et voici bientôt le petit Soy aux mains de...Novartis. Il y est toujours...

On sent bien que Sandoz et Novartis doivent être les méchants de l'histoire. Sandoz? C'est le groupe chimique dont l'un des exploits est d'avoir provoqué une dramtique pollution du Rhin en 1986 suite à une explosion. Novartis? Un nom lié entre autres aux OGM, à l'expérimentation animale et à la vivisection...

Et voilà que soudain le tofu de Soy prend un goût amer pour le végétarien militant ou l'écolo convaincu qui n'en savait rien. Mais qui se renseigne et qui découvre que  le même Novartis a dans son panier d'autres marques familières: Céréal, Gerblé... 
Une marque comme Bonneterre qui était à l'origine très bien a été rachetée en 2000 par un groupe de l'agro alimentaire hollandais, Wessanen, qui pèse aujourd'hui 3 milliards d'euros.Ce groupe possède de nombreuses marques dont Tartex, La Vie Claire, Bjorg, Gaylors Hauser...

Il est loin le temps où pour trouver du bio, il fallait faire des kilomètres pour trouver un petit magasin qui vendait des trucs bizarres faits dans le Larzac. Aujourd'hui la plupart des grandes enseignes proposent leurs produits bio sur les linéaires: Casino, Carrefour, Champion... Le bio a trouvé un public et comme les cliens sont prêts  payer plus cher pour une étiquette bio, tous ont pris le train en marche.  Intermarché se vante même sans vergogne d'être "précurseurs dans le domaine du bio" puisqu'ils ont lancé dès 1994 la marque d’épicerie bio "Natège".  On rappellera pour l'anecdote que les premiers magasins date de 1946 avec l'arrivée sur le marché de La Vie Claire, suivie beaucoup plus tard de Naturalia en 1973 et de Biocoop en 1987. 

Si on se doutait que les grandes enseignes n'étaient pas de lieux très fréquentables, il est plus difficile de se dire qu'on est aussi en terrain miné dans son magasin bio préféré. Il est fini le temps des boutiques bio animées et fréquentées par des militants purs et durs.  Deux raisons à celà: le bio génère du profit donc les grands groupes s'y intéressent et la demande dépasse l’offre, engendrant des comportements moisn éthiques.

Il faut savoir que la France ne produit que 7 % des produits bio. Pour répondre à une demande croissante, il faut donc avoir recours à l’importation. Autrement dit, les produits que vous achetez viennent de loin: Amérique, Afrique du Nord, Europe de l'Est.… Non seulement on peut se demander si un produit bio qui a parcouru 5 000 mk en avion en est toujours un mais en plus le manque d’informations et de législation dans les pays d'importation pose problème.


  Qu'est-ce qu'on fait?

Je vois déjà les nouveaux amis du Bio récemment convertis se lamenter. Ben alors, on peut plus acheter nulle part, à qui faire confiance? etc. Si vous achetez bio pour des questions de santé, pas de soucis, le bio actuel est fait pour vous. Mais si vous achetez bio pour des raisons écologiques, éthique ou autre motivation plus responsable, la question est plus problématique.  Pour ma part, même si je préfère du tofu non bio et non éthique à un steack bio, je me refuse à acheter des produits d'une société qui vend du tofu mais fait de la vivisection (et donc je n'achète pas Soy ou Biosoy), d'acheter des fruits bio hors saison ou des produits avec plein d'emballage qui ont parcouru des milliers de kilomètres.

Je ne veux pas du bio pour du bio, je veux du bio réfléchi et informé. L'étiquette Ecocert
dénoncée par de nombreux producteurs parce que payante (et même très chère) me gonfle! Combien de petits producteurs font du bio sans avoir l'étiquette, faute de pouvoir acheter le label? D'ailleurs, la plupart des petits producteurs préfèrent le
label Nature et Progrès, moins cher et plus rigoureux. Contrairement au label AB (Ecocert) qui ne fait des contrôles qu'une fois pas an, le label Nature et Progrès demande des contrôles plus précis et plus nombreux.

Autrement dit, achetez bio mais ouvrez l'oeil:
devenez consomacteur biordel! Allez sur http://fr.transnationale.org pour regarder un peu à qui vous acheter, privilégiez les ingrédients de base  qui, parce que générateur d'un profit moindre intéressent moins les grands groupes, allez sur les marchés et faites-vous même! Je préfère acheter du non-bio à un petit maraîcher qui fait ses légumes à côté de chez moi que prendre au Biocoop des légumes qui sont arrivés d'Espagne en gros camion.

Et puis, allez, bientôt, je vous parle des AMAP!

Liens

Main basse sur les produits bio, un article qui du Monde Diplomatique qui date un peu mais on a rien écrit de mieux depuis.

Mieux comprendre la marque SOY de la multinationale NOVARTIS, un article qui s'intéresse directement au passé de la marque.

La bio est-elle soluble dans le chimique?, un article en réaction au rapport d'un député sur l'agriculture biologique

Le site de transnationale.org qui permet d'en savoir plus sur ceux à qui vous donnez votre argent. L'accès à certaines base de données est maitenant payant, mais le principal est en accès libre.

Par Hooly - Publié dans : Pratique, pratiques...écologiques
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